La bêtise de l'homme blessé
Par Balou le dimanche 18 janvier 2009, 16:21 - Lien permanent
La douleur rend con.
C’est comme ça, c’est la nature humaine.
Lorsqu’un individu est blessé dans sa chair ou dans son âme, il a statistiquement de fortes chances de devenir un peu con. Voire parfois très con. Personne n’y échappe : ni moi, ni mon frère, ni ma mère, ni mon boss, ni même le grand manitou qui dirige la nation (lui encore moins que les autres...).
S’en prendre à ses proches, moralement ou physiquement, exploiter ses semblables, manipuler ses pairs, envahir le territoire voisin, accumuler de la richesse, tuer et blesser encore tout un tas d’autres gens...
C’est comme ça que fait le con pour ne pas se sentir tout seul dans sa douleur profonde...
C’est comme ça que l’homme blessé lave sa blessure.

D’ailleurs, on pourrait presque résumer toute l’histoire de l’humanité à cela : des hommes (ou plus rarement des femmes) blessés dans leur âme (comprendre “orgueil”) ou dans leur chair, souvent par leurs propres parents, et qui passent le reste de leur vie à faire les cons pour compenser...
Cette théorie fonctionne autant pour les individus que pour les ensembles d’individus, aussi appelés “peuples”.
Un peuple blessé dans sa chair ou dans son âme (comprendre “fierté”) a de fortes chances de finir con.
Néanmoins, pour qu’un ensemble de cons individuels forme un peuple de cons, il est nécessaire qu’ils soient menés par un ou plusieurs cons encore plus cons que les simples cons.
Appelons-les des “dirigeants”. Ces gars-là ont pour particularité de ressentir de façon encore plus intense que les autres, la blessure infligée à l’âme et la chair de leur peuple choyé ! Ils sont à fleur de peau ces gars-là (comprendre très très très imbus d’eux-même) !
En plus de la douleur de leur peuple, ils ont souvent eux-même été blessé personnellement, par leur maman ou leur papa qui ne les aimaient pas assez, ou ne le montrait pas assez, ou alors exigeaient d’eux qu’ils soient très très forts alors qu’il n’avaient que 7 ans... Et si leur maman et leur papa agissaient ainsi, c’est que eux aussi avait été blessé plus jeune... ça remonte loin tout ça.
Donc ces gars-là, les dirigeants, non seulement ils endossent toute la douleur de leur peuple, mais en plus et surtout, ils portent leur propre douleur personnelle. Et pour compenser cette douleur personnelle ils n’ont qu’un seul désir : devenir encore plus con que les autres, devenir les rois des cons.
Car en tant que simples cons, ils pouvaient à peine compenser leur douleur en blessant verbalement leur entourage, leur femme, leurs gosses et peut-être leur voisin (sauf si il est plus costaud)... ce qui est déjà vraiment con comme attitude. Toute tentative d’aller au delà les aurait confronter à la police des cons (unité répressive formée de cons pour éviter que les cons s’entre-tuent.)
Alors qu’en tant que rois des cons, ils peuvent compenser de façon beaucoup plus radicale : ils peuvent prendre le pouvoir sur tous leurs pairs et décider de leur sort, ils peuvent accumuler de grosses sommes d’argent qui les mettent à l’abri du besoin, il peuvent même jouer à la gue-guerre avec des petits soldats. Tout ce qui leur était certainement interdit par leurs papas et leurs mamans.
Mieux : comme c’est les rois, ils peuvent même décider d’agrandir leur château pour que leur pouvoir soit encore plus étendue et qu’ils gagnent encore plus de sous, quitte à déborder un peu sur les voisins...
Qu’importe d’ailleurs si le voisin n’est pas d’accord puisque y’a toute une armée de simples cons pour les mettre au pas...
Le problème c’est qu’il ne faudrait pas que les simples cons sachent que les rois des cons ne font ça que pour se venger d’avoir été blessé par leurs papas et leurs mamans. Sinon, le simple con ne suivrait pas. Faudrait pas le prendre pour un con non plus.
Du coup, les rois des cons font croire aux simples cons que s’ils font tous ça, c’est évidemment pour éviter que le peuple soit blessé à nouveau, voyons.
“C’est pour le bien du peuple des cons qu’il faut rester con” clament-ils dans leurs micros. Alors qu’en fait, c’est pour leur bien à eux.
Le pire c’est qu’à force de raconter ça à tous le monde, les rois des cons finissent par croire eux-même qu’ils agissent pour le bien des simples cons. Ils en oublient qu’au départ c’était juste pour impressionner papa et maman...
Mais les simples cons, ils ont envie d’y croire qu’il faut rester con, parce que leurs parents, et les parents de leurs parents ont été blessés, et ça leur a fait très très mal. Tellement mal qu’il ont transmis cette douleur de génération en génération. Du coup, pour les simples cons d’aujourd’hui c’est comme si ça leur était arrivé à eux, et ils voudraient naturellement éviter d’être blessé à nouveau.
Mais ils sont cons depuis tellement longtemps, (ça remonte à leur première blessure) qu’ils ont oublié comment on réfléchis quand on n’est pas con, c’est à dire “rationnellement”. Leur cerveau d’homo-sapiens, déjà petit à la base, est coincé en mode d’urgence : “Argh, argh, je suis blessé, je suis blessé, je dois réagir vite, vite”
Plus aucun réseaux de raisonnement logique ne fonctionne. Seul l’action compte. Ils pensent donc vraiment comme des cons.
Ce qui arrange bien les rois des cons qui savent très bien comment réfléchissent les cons puisqu’eux même sont vraiment cons.
D’ailleurs, réfléchir comme un con c’est très simple et ça se résume à : “Si tu me tapes, je te tapes.”
Parfois, ça se complique, mais très légèrement : “Si A m’a tapé, je me rattrape sur B qui n’a rien demandé. Mais au moins ça me fait quelqu’un sur qui taper.”
Il suffit alors aux rois des cons de définir officiellement qui doit être tapé pour compenser la douleur du peuple de cons, pour que ce dernier se mette à la tâche sans réfléchir.
Car l’important pour le simple con ce n’est pas de trouver qui est responsable de sa douleur à l’origine, c’est avant tout de faire passer la douleur à quelqu’un d’autre.
Le simple con, comme le roi des cons, ne peut pas envisager une seconde que pour éviter d’être blessé il suffit de se faire pote avec l’autre, et que pour arrêter d’avoir mal, il suffit de faire le bien.
C’est bien souvent une logique trop complexe pour un con qui a été blessé.
La douleur pousse le con à se cantonner aux logiques animales les plus classiques, qu’on appelle également “bêtise”.
Alors le simple con ferme les yeux (pour ne pas voir le sang) et les oreilles (pour ne pas entendre les cris) et il frappe, ils frappe, ils frappe... sur tout ce qui est à sa portée. Comme l’ont ordonnés les rois des cons.
Du coup, les rois des cons sont contents parce-que ça fait de la place pour étendre le château et que papa et maman vont être fiers dans leur tombeau.
Les simples cons sont rassurés parce-qu’ils n’ont plus à craindre d’être blessés et puis surtout, ils se sont débarassés de leur douleur en la refilant au voisin.
Et quelques cons un peu moins cons que les autres se retourneront sur ce qu’ils ont fait, et ils pleureront de honte.
La douleur dont le peuple de cons était censés se libérer sera alors remplacée par une nouvelle douleur toute neuve, plus complexe, plus insidieuse... mais qui ne les rendra pas moins cons pour autant.
Commentaires
Très libérateur ce texte ! Ca défoule mais ça ne cogne pas... :)
Très bien vu. Le lien entre douleur ou violence subie dans l'enfance et guerre est hélas trop peu traité. Cela m'évoque entre autre le bal des vampires de Polanski. Derrière cet humour plaisant que de vérités tristement ignorées.
g tout simplement adoré, le sourire aux lèvres durant toute la lecture, et surtout je ne veux pas rester con si je n'ai pu être épargné aux mouvements de la vie
pour tout ce qui est marqué en gras...
maintenant pour être moins con on l'est aussi en bougeant qu'en restant bien .. ? ..derriere un écran.
ou alors c'est que tout va bien. ?-)
je vais faire (oser) dire un slogan..
"le bonheur c'est comme un coup de fil"..
des fois ca peut marcher..
moi je suis rationnelle donc je me dis que si on a mal on peut aussi discuter
ailleurs que sur un blog simplement il faut être deux et que si on essaie pas c'est qu'on est qq part de mauvaise foi, moi par contre je fais ma pub, je vis mais j'ai personne dans ce net de merde autant que la tv
correction à: JE FAIS PAS ma pub!
je relis pas ou trop tard, désolée.
C'est lorsque l'on est blessé que l'on pense que l'Autre est con, pense t'on...et qu'on tape nos claviers en pensant que d'autres, qu'on pense compagnons, vont compenser les gnons ... en clair, bouder l'égoïsme c'est un peu, ensemble, ne pas nier nos échos...