My precious... TV !
Par Balou le samedi 3 janvier 2009, 20:45 - Lien permanent
Aujourd’hui, ça fait bientôt dix ans que je n’ai plus de poste de télévision raccordé à une quelconque antenne.
Donc chaque fois que je surprend une télévision en pleine activité, ronflant tranquillement dans son environnement naturel, je suis à la fois fasciné et... atterré.
Dans les temps anciens, lorsque régnait l’imposante espèce "cathodique", on les retrouvait principalement dans les salons, sagement installées au centre de la pièce, tous les fauteuils et canapés dirigés vers son écran de verre.
Depuis, elles ont largement proliferées. Aidées en cela par le développement d’une sous-espèce à écran plat de type LCD ou Plasma, elles s’établissent désormais sans scrupule dans la chambre à coucher, les bars, les restaurants, les salles d’attentes de tous types et même... sommet de l’horreur, la chambre des enfants ! La télé est partout.
Et par “télé” je veux dire : “écran lumineux qui retransmet un programme audiovisuel linéaire continu et à sens unique”. Définition à laquelle il faudrait également rajouter : “et dont les diffuseurs se rémunèrent en vendant de l’espace/temps publicitaire.” Car la pub, cette catégorie de programme pourtant minoritaire, influe fortement sur le contenu de tout le reste des émissions proposées...
Du coup, n’en n’ayant pas chez moi, je suis devenu d’autant plus sensible aux effets de la télévision sur les autres, dont mes proches. Et j’en tire une conclusion sans appel : LA TELE TUE... ! Lentement mais littéralement.
L’exemple le plus criant pour illustrer cette affirmation un brin péremptoire : les vieux..

Qui ne connait pas un vieux (ou pire, un couple de vieux) qui, las de la vie et fatigué dans son corps, passe le plus clair de son temps à s’abrutir devant la télé en se gavant de séries et d’émission débilisantes entre Pernaud et Drucker ?
Moi j’en connais au moins deux.
- Ma grand-mère paternelle, décédée après plusieurs années de perfusion télévisuelle à raison de dix heures par jours, et ce même lorsque son mari était encore vivant. Même lorsque ses petits enfants passaient, rarement, la voir, il était difficile d'envisager lui faire manquer un épisode de “Amour, Gloire et Beauté” : sa vie se résumait aux feuilletons télé et aux émissions niaises d'après-midi sur France 2. Au point que sur la fin, elle en confondait les deux...
- Mon grand-père maternel passe encore actuellement douze heures par jours assis dans un fauteuil dernier cri installé devant la télé, depuis bientôt dix ans maintenant. Alors que cet homme actif et volontaire a passé toute sa vie à travailler d’arrache-pied pour sa petite entreprise familiale, aujourd’hui il se passionne pour les télénovelas brésiliennes... Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il a droit à un repos bien mérité. Il se laisse tout simplement aller. Parce-que c’est tellement facile de vivre par procuration lorsqu’on a la télévision...
Vous me direz peut-être que lorsqu’on habite un petit appartement décrépit dans le nord-est parisien avec une retraite de 527 euros par mois, la télé reste le dernier refuge pour se divertir à moindre frais... Sauf que mes deux exemples se trouvent aux Antilles, avec pour chacun un magnifique jardin à portée de main et tout plein d’opportunités de faire autre chose que de passer son temps devant l’écran...
Alors maintenant, ayant connu la déchéance que peut provoquer ce média, j’ai gagné mon droit à devenir “Détracteur officiel de la télévision.”
Et je ne vais pas simplement la critiquer, cette télé chérie que j’aimais pourtant tellement dans mon enfance, je vais carrément la DIABOLISER ! Mais non sans quelques arguments, qui, à défaut d’être purement scientifique, n’en restent pas moins réfléchis et pour beaucoup, personnellement expérimentés.
POURQUOI LA TELE TUE (PUE) ?
1) Elle prend tout ton temps, même celui que t’as pas
Le premier point évident c’est que la télé prend du temps : en moyenne 3h30 par jour et par personne en France ! Soit une journée entière par semaine !!! C’est autant de temps utilisé à faire une activité passive, rarement instructive, souvent à peine divertissante, au lieu de faire autre chose d’utile ou de valorisant pour l’esprit ou le corps. L’argument de la détente est d’ailleurs complétement fallacieux car sortir courir une heure ou même faire du scrapbooking apporte plus de détente que n’importe quel programme télé...
2) Elle est ton meilleur ami, mais elle ne te connaît pas
Lorsqu’on allume la télé mécaniquement ou qu’on la laisse en bruit de fond pendant qu’on fait autre chose, c’est souvent pour avoir une “présence”. ça permet d’oublier notre solitude... mais aussi d’éviter de s’attaquer à cette peur d’être seul, angoisse qui a elle seule est la cause de bien des problèmes : c’est elle qui nous fait rester avec un partenaire qui ne nous convient pas, c’est elle qui nous fait nous entourer d’amis qui sont parfois nuisibles, c’est aussi elle qui nous pousse à penser comme les autres pour éviter d’être rejeté... En allumant la télé tous les jours, par réflexe inconscient, on repousse toujours à plus tard le jour où on affrontera cette angoisse primitive...
3) Elle fait fuir l’ennui, pour le remettre à plus tard
Je sais pas quoi faire. Hop, j’allume la télé, on verra bien ce qu’il y a d’intéressant. Mais avec cet outil de divertissement disponible 24h/24, finit l’ennui ! On a toujours un moyen facile de le déjouer, même si les programmes proposés sont ineptes, au moins ils occupent l’esprit. Et surtout on se détourne de nos problèmes, de nos angoisses, de notre culpabilité et de notre ennui.
Or, le cerveau a besoin de s’ennuyer.
C’est ainsi qu’il arrive à clarifier ses pensées, à se remettre les idées en place. Si il est occupé à longueur de journée, il ne peut jamais se reposer et se structurer. C’est d’autant plus vrai pour les enfants qui ont besoin d’un temps à vide pour assimiler véritablement les infos de la journée.
De plus, l’ennui permet de se pousser à s’inventer des activités, à retrouver le plaisir de bricoler, de tricoter, de se balader... Si la télé apporte toujours une solution pré-machée à l’ennui, on n’invente plus rien...
4) Elle refaçonne la vérité sur la vie à la sauce des directeurs des programmes
Le problème avec la télévision, c’est qu’on n’entend jamais d’avertissement précisant “Attention! Les informations que nous vous fournissons sont incomplètes et peut-être erronées”. Ce serait pourtant le strict minimum. Du coup, du fait de la profusion de programmes disponibles, une grande majorité de gens croient implicitement que la télé leur apporte la majorité des informations d’actualité et que celles-ci se présentent comme vraies. Or, quel que soit le type de programme, la réalité proposée par la télé est fausse. Elle est le fruit des idées elles-même préconçues des journalistes, auteurs, animateurs, directeurs des programmes et directeurs de communication...
> Les journaux télévisés, reportages et documentaires
Ils donnent leur vision du monde, en séléctionnant les thèmes et sujets qui leurs semblent intéressants et impactants, mais aussi en choisissant l’angle de vue sur ces sujets. De plus le temps imparti est TOUJOURS trop court pour couvrir un quelconque sujet de façon complète.
> Les émissions de divertissement, les séries télé et les pub.
Elles donnent une image lisse et insipide de la vie. Surtout en France. Les gens beaux et sveltes à longueur de pub, les émissions de jeu mielleuses aux décors acidulées, les talk-show parisiens, fait avec des parisiens pour faire rêver les provinciaux, les séries télé dopées aux émotions vives mais sans saveur... voilà ce qui fait le quotidien des téléphages. Mais tout cela est FAUX : ce N’EST PAS la vraie vie des français. La majorité des français ne sont pas parisiens, la majorité des français ne s’habillent pas comme le public propret des émissions télé, la majorité des français ne sont pas beau, bien faits et surmaquillés... C’est la grande illusions télévisuelle de nous faire croire, quasi involontairement, qu’elle est le reflet de la population...
Et à force d’instaurer cette image, les français pensent qu’ils doivent ressembler à cela... Du coup les attitudes des jeunes dans la vraie vie se calquent désormais sur les comportement binaires des personnages des séries télé...
> Les émissions de débats et les talk-show
Comme en parle très bien Bourdieu dans son pamphlet sur la Télévision : toutes ces émissions où les invités sont séléctionnés parcequ’ils “passent bien à la télé” ne sauraient être représentatifs d’un quelconque débat démocratique. D’autant que le temps de parole en télé est tellement limité qu’aucune raisonnement complexe ne peut y être développé.
Mécaniquement, la télé donne donc toujours avantage à la personne qui a la meilleur rhétorique, qui est la plus agréable à regarder et qui de plus s’habille correctement... Or, ces critères sont rarement le gage d’une argumentation sérieuse, réfléchie et approfondie. Ce type d’argumentation nécessite un support écrit et non audiovisuel.
5) Elle se fait passer pour la réalité, la vraie
Tout cela serait ne serait pas grave si l’homme était assez sensé pour faire la différence entre la télé et la “vraie” réalité... Mais c’est rarement le cas, et cela demande un véritable effort intellectuel. Car les images diffusées par la télé sont appréhendées par notre cerveaux comme des images de la réalité, car elles en ont tous les attributs. Ce ne sont pas des dessins ou des sculptures mais des “captations” directes de scènes réelles, bien que réconstituées. Pour le cerveau, cela ne fait donc aucune différence avec la réalité, il n’a pas le recul qu’il peut avoir avec un livre, des sons ou des dessins. Donc il aura tendance à classer ces images dans le même panier que la réalité directe.
Donc pendant 20% de son temps éveillé (à hauteur de 3h30 par jour en moyenne) le cerveau intègre tout ce qui se passe à l’écran comme SA réalité. Voilà pourquoi Pernaud, Cauet, Chazal font presque partie de la famille... Ils sont dans l’écran, on les voit régulièrement, on a l’impression de les connaître tellement bien... Mais c’est une pure illusion. Eux, personnellement, ils s’en foutent de ta gueule.
6) Elle vole l’imagination de tes gosses, et ne la rend jamais
A force de présenter des images visuelles toutes faites, la télé remplit le cerveau d’images et d’idées prédigérées qui laissent du coup de moins en moins de place pour imaginer autre chose: d’autres histoires, d’autres mondes, d’autres façons de vivre. Car la majorité des images proposées sont des représentations de la société moderne occidentale qui est loin d’être le meilleur monde possible.
C’est d’autant plus flagrant chez les gamins, qui sont abreuvés de dizaines de références visuelles en provenance de la télé. Leur premier réflexe sera de reproduire ces références au lieu de s’inventer des personnages bien à eux, qu’il pourront s’approprier en fonction de leur problématique psychologique. Mais avec la télé, ils n’ont ni le temps, ni la place mentale de faire cette démarche...
POURQUOI LA TELE EST-ELLE UNE VRAIE DOPE ?
- L’activité absolue
La télé c’est trop facile : un simple bouton vert et tu a accès à une activité à part entière, bien que passive, mais qui t’occupe l’esprit de façon totale.
Par exemple :
Tu rentres chez toi après tes dix heures de taff, t’es naze , t’es stressé, t’allumes ta télé pour décompresser.
C’est dimanche, ça te fout le blues parce-que t’as l’impression que la ville est morte, t’allumes ta télé pour te sentir moins seul.
Même quand tu te lèves le matin, la tête en pêtard, et ben t’allumes ta télé pour te faire réveiller par une bande de disjonctés qui remuent dans tous les sens (et qui sont payés 5 fois ton salaire pour faire les cons pendant 2 heures par jour).
Ouais, la télé c’est l’occupation ultime. Le truc que tu peux faire quel que soit ton problème dans la vie : un seul geste et t’es sauvé de toutes les corvées, t’en oublie tous tes problèmes, tu passes dans un autre monde... “Merde, j’ai pas vu le temps passer...” Mais parfois ça nous arrange bien de ne pas voir le temps passer.
Depuis l’invention de la télé, toutes les autres occupations traditionnelles sont désormais obsolètes. Contre l’ennui et la dépression : n’allez pas voir un psy, ne faites pas d’activité physique, achetez une télé !
- L’effet d’hypnose
Le principe technique de la télé repose sur des images lumineuses animées. De fait, la télé est TOUJOURS plus lumineuse que son environnement (sauf si tu la places dans l’axe du soleil mais bon...), et donc que la réalité elle-même. Ce qui se passe sur un écran de télé attire inmanquablement l’oeil : des formes animées, colorés et lumineuses. Et une fois que l’oeil a été capté, il est ferré psychologiquement car les images qui se succèdent racontent une histoire. Inconsciemment, il me semble que notre cerveau veux savoir la suite. Par curiosité, il voudrait savoir de quoi ça parle, comme lorsqu’on entend une bribe de conversation dans un café, un mot qui nous appâte, et puis après, impossible de se concentrer sur son exo de math...
En plus, il se trouve que les images peuvent aussi s’avérer très séduisantes, quand il s’agit d’une fiction, d’un clip, et même de certaines émissions, avec une lumière plus belle que nature, des gens beaux, sans parler de l’omniprésence d’images de (semi-)cul, que ce soit dans la pub, les clip, les séries...
- L’attente perpétuelle
Perversité bien connue de la télé, surtout quand il y a de nombreuse chaînes : on s’attend toujours à tomber sur un programme intéressant, soit en zappant, soit en attendant encore cinq minute, puis cinq autres, puis cinq autreq... A force d’attendre le bon programme, on passe une heure à regarder des conneries...
- La perfusion sociale
En allumant la télé, on se met en connexion immédiate avec le reste de la nation. On sait inconsciemment que des millions de personnes regardent en même temps que nous le programme qu’on a choisit. On se connecte avec la communauté en suivant les mêmes programmes, tous ensemble, au même moment. Cette activité commune a pour effet de réduire notre angoisse primitive de solitude dont on a parlé plus haut. C’est le même effet qu’une perfusion de morphine : pour pallier à la douleur du manque de l’autre, on se met sous perf, ça nous rassure, ça nous appaise. Le téléphone et Internet pallient eux-aussi, autrement, à cette angoisse profonde de l’être humain.
ça pallie, mais ça ne résoud rien.
Alors, oui, bien sûr, à titre individuel, si tu regardes la télévision parcimonieusement en sélectionnant tes programmes, t’en tirera sans doute des infos instructives, parfois originales.
Mais la problématique que je soulève n’est pas au niveau personnel (chacun fait ce qu’il veut de sa vie après tout). Il s’agit d’un problème sociétal, que je comparerais à la sauterelle : individuellement elle semble plutôt sympathique cette petite bestiole. En masse en revanche, elles sont un véritable fléau qui fond sur les cultures et les effacent... Tout comme la télévision.
De plus, contrairement à la sauterelle, la télévision elle, est addictive. En tant que média grand public et largement répandu dans tous les foyers français, elle représente donc un danger sociétal au moins aussi fort que n’importe quelle drogue dure. Car elle présente à ceux qui la regarde une réalité illusoire, elle les rend amorphe, incapable de réfléchir et d’agir par eux-même, conditionné par l’information fournie. Comme c’est le cas pour un drogué.
Sauf que les drogues dures sont clairement et officiellement identifiées comme nocives et sont donc le sujet d’une pression sociale forte. Tandis que la télé c’est l’inverse : la pression sociale pousse à la regarder toujours plus pour être intégré socialement, et non à faire une cure de désintox...
D’ailleurs, il me semble qu’une des raisons pour laquelle beaucoup de gens rejette cette thèse, c’est qu’en fait presque tout téléspectateur est ammené, à un moment ou un autre, à passer un certain temps devant la télé à regarder n’importe quoi, l’oeil torve, l’esprit amorphe. Ca nous est tous arrivé. Admettre que la télé est dangereuse, c’est aussi admettre ces moments là, où on n’apprécie pas trop l’image qu’on donne de nous même, apathique devant un écran lumineux.
Déni classique du drogué...
Commentaires
La télé est le Lexomile du peuple.
Le marchand de sable de l'égo si j'ai bien compris ton raisonnement... Je pense qu'on devrait faire un documentaire sur ce sujet ;o)
en lisant cet article, ma première réaction (comme bien souvent) a été de vouloir jeter ma télé par la fenêtre. Mais on ne se débarrasse pas d'une drogue comme ça. Une partie de moi, pour combler l'angoisse du vide quelques instants imaginé, c'est jeté sur le programme télé "pour savoir ce qu'il y a de bien ce soir"... maudite télé !
ca fait quelques temps que je lis vos post et un fois de plus je ne suis pas decu. je me retrouve bisur le fond et en plus j'apprecie la forme (avec un petit penchantpr la présentation et le trip sur l'égo). quand je relis tout ca j ai l'impression que c'est un éduc qui écrit, mais bon ca doit etre une deformation professionnelle .
continuez dans ce sens, c'est avec plaisir que je continuerais a vous lire
merci
Indirectement, tu me fais penser à te montrer "Volem rien foutre al païs" de Pierre Carles & co. Je l'ai testé Lundi matin à 4h00 avant d'aller au boulot.
C'est jubilatoirement démotivant.
http://www.rienfoutre.cabrule-lefil...
24 euros seulement.
Merci, ça m'aide à continuer ma réflexion sur l'éducation de l'enfant face aux images :)
je passais par là à "impression qu'on se fout de ta gueule à la tv" et plus si affinité, qu'en fait l'adsl composé on te marque comme un boeuf ta vie on te la rend et te la debecte en charcuterie.. a la tv et à ces medias qui tuent
ce sont bien les charcutiers qui pissent sur toi ta vie personnelle le respect des inconnus la liberte d'expression le sens meme de voir leur propre gueule qui leurs debecte, haine haine haine envers les autres qu'ils ne connaissent pas, atteinte chez toi à ta vie, atteinte chez toi à ta vie privée, aujourd'hui le nazillon s'est amélioré mais hier il dormait bien. Quitte a se faire enculer, autant degager de ces pays plus que mal odorants odorant le mal, odorant le malheur odorant de raclures et je pese mes mots.
am
qui chie sur cette France et tout ces gens qui la font comme ca.
être seul(e) autant l'être, seul(e).. seul avec des nazillons et des enculé(e)s t'a aucune chance de vivre (ou t'en sortir).