La seule question à se poser c’est la(les)quelle(s) ? Car dans nombre de cas cette(ces) trahison(s)/arnaque(s) seront passées dans les mailles du filet de la justice grâce à un pool d’avocat extrêmement bien rétribués, ou simplement parce-que la justice s’en fout...

Certains diront que j’exagère. Oui, c’est vrai, j’exagère : pas tous les dirigeant le font conscienmment. Beaucoup estiment que ça fait partie du système, que c’est la loi du marché et qu’il n’y a rien de répréhensible à cela. Sauf que cette fameuse “loi du marché” est un bel euphémisme pour dire “loi de la jungle”, ce qui signifie donc plus concrètement “absence de loi”... ce qui est donc un usage quelque peu abusif du mot loi...

Donc je m’explique : un patron Lambda (c’est un grec) pourra vivre toute sa carrière sans trahir son associé ou arnaquer un client. Certes, il sera imprégné d’une certaine logique capitaliste qui consiste à dépenser le moins possible pour engranger le plus possible (c’est le propre du patron), ce qui le conduira inévitablement à pousser les salaires à la baisse (sauf le sien). Mis à part ce petit travers, le patron Lambda pourra très bien conserver une éthique personnelle dans son travail tout au long de sa vie. C’est le cas par exemple de mon grand-père paternel, toujours juste et honnête même s’il a toujours voté pour le Général... Mais soyons clair, CE GARS-LA NE SERA JAMAIS UN GRAND PATRON !

Car pour devenir plus gros que les autres, il faut de l’avance en terme d’organisation du travail et en terme d’innovation.

Or, personne, entreprise ou individu, n’est JAMAIS durablement plus innovant et durablement mieux organisé que ses concurrents. Ceux-ci rattraperons toujours leur retard, et plutôt rapidement en général.

Donc le seul levier qu’il reste pour se différencier, à environnement juridique quasi identique pour tous, c’est 1) le marketing (en soi une grossière technique de manipulation des clients) et 2) les magouilles (c’est à dire, lâcher sur son éthique perso...)... Deux leviers pas très louables...

CQFD : dans un système libéral de libre concurrence quasi-totale, pour prendre les premières places sur un marché ou pour grimper au plus haut de l’échelle dans une multinationale, il est indispensable de contourner les lois, de commettre un fratricide ou d’arnaquer son voisin ou son client. C’EST LE FACTEUR CLE DE SUCCES DU SYSTEME LIBERAL. Donc la majorité des grand patrons sont NECESSAIREMENT DES ESCROCS.

Bon, la démonstration est encore un peu branlante, mais on pourrait y rajouter ceci : si le système libéral est régit par nature par la loi du marché, cela signifie donc, schématiquement, “minimisation des réglementations” et “avantage au plus fort”, ce qui, selon les tenants de cette doctrine, créerait un émulation qui serait bénéfique à tous. Le “plus fort” selon ces gars-là étant celui qui parviendra à vendre le moins cher. En gros, c’est le consommateur final qui donne le LA, en sanctionnant les plus chers. C’est de la pure démocratie capitaliste : le monde s’auto-ajuste selon le bon vouloir du consommateur final. C’est beau.

Sauf que dans la jungle, le plus fort n’est pas celui qui vend la machette la moins chère, c’est celui qui s’en serre le mieux. Donc, lorsque sévit la loi de la jungle, avant même le facteur prix, il y a 3 autres facteurs essentiels qui sont favorisés structurellement par la “minimisation des règlementations” :

1) La capacité à se débarrasser de ses adversaires par tous les moyens possibles (même ceux qui proposent un bon produit)

2) La capacité à mettre d’autres gens à son service pour un tarif aussi bas que possible.

3) La capacité de rallier à sa cause des entités sensément indépendantes, par pression financière ou morale.

(On pourrait encore rajouter l’exploitation à son propre compte des ressources publiques disponibles et sans doutes d’autres facteurs qui m’échappent encore...)

Or les personnes qui ont ces capacités là sont de fait ceux qui ont mis leur éthique de côté. On en déduit que dans ce système libéral, à compétence managériale égale, un patron SANS éthique aura TOUJOURS l’avantage sur un patron AVEC éthique. Car le patron AVEC éthique ne fera pas usage des trois “compétences” citées ci-dessus, qui sont au final, comme on l’a vu, les facteurs clé de succès du système, quel que soit le marché pris en compte.

Le système de libéral de marché n’est donc absolument pas fait pour favoriser le succès des gens compétents susceptibles d’apporter une véritable valeur ajouté à la communauté. Au contraire, il ouvre structurellement la voie à la domination des plus forts, car les actes de “barbarie”, qui sont pourtant récriminés dans notre vie personnels, n’y sont pas ou peu sanctionné, voir au contraire glorifiés. Pour justifier de cette dérive, le monde de l’entreprise est perçue par une grande majorité de patrons comme un “terrain de bataille” où les valeurs de la vie quotidienne n’ont plus lieu d’être. A la guerre, tous les coups sont permis. Donc dans l’entreprise aussi.

Il y a une deuxième facette à cette théorie : AUCUN GRAND DIRIGEANT D’ENTREPRISE NE PEUT ETRE ARRIVE LA Où IL EN EST SANS AVOIR EXPLOITE CONSCIEMMENT SES EMPLOYES ET/OU DES RESSOURCES PUBLIQUES. L’exploitation étant une extension de l’arnaque, effectuée ici à grande échelle et non individuellement.

Car encore une fois, dans une société hautement concurentielle, un des facteurs clé de succès est la pression sur le coûts. Pour arriver au sommet des entreprises les plus grosses et les plus rentables du marché mondial, il est impératif de faire descendre les coûts à toutes les étapes de la production. Les sociétés du CAC 40 ne sont donc pas forcément celles qui offrent les meilleurs produits, mais celles qui maîtrisent le mieux leur coûts, donc celles qui exploitent le plus leurs salariés (ou, plus souvent désormais, leurs fournisseurs, ça fait moins sale).

Alors ça revient à dire “Patrons, tous pourris!” ?

Loin de moi cette idée ! Je ne connais pas TOUS les patrons de toutes les PME du monde, je n’oserais pas me prononcer sur le sujet... ;o) Ma théorie concerne uniquement le haut du pavé. La plupart des entrepreneurs ont sans doute une certaine éthique, comme tout être humain en a une. Ma théorie stipule simplement que, tel que le système est fait (abolition des frontières et concurrence totale) cela implique que pour arriver tout en haut, il n’y a pas d’autre choix que de mettre son éthique de côté (où plus souvent de la remodeler pour qu’elle se calque sur nos ambitions personnelles...)

Car quoi qu’on veuille souvent nous faire croire, (c’est la 3ème facette de ma théorie) : LES GRANDS DIRIGEANTS D’ENTREPRISE NE FONT JAMAIS CE QU’ILS FONT (i.e. DIRIGER) POUR CHANGER LE MONDE.

Certes, si vous leur posez la question, un soir de pleine lune, avec un scotch à la main et un cigare dans l’autre, au bord de la piscine de leur yacht, ils vous répondront sans quelques chose du genre : “Moi, j’ai toujours voulu faire quelque chose d’utile pour la société, qu’on se souvienne de moi pour tout le bien que j’ai fait... Je crois qu’en apportant du Coca-Cola au fin fond de l’Afrique, quelque part j’aurais participé à mon petit niveau à amener un peu de bonheur dans la vie de petits gamins défavorisés...”

(selon le “grand dirigeant” qui sera assis en face de vous, remplacez simplement “Coca-Cola” par le produit correspondant à sa multinationale : au choix “Royal-Cheese”, “Twix”, “Nokia” ou “Char d’assaut Leclerc”...)

Donc, évacuons tout de suite cette auto-justification, fruit de dizaines d’année passées à se mentir à lui-même. Le GRAND PATRON est GRAND PATRON avant tout, et TOUJOURS pour :

1) Gagner le plus d’argent possible (bien au delà de ses besoins)

2) Avoir le plus de pouvoir possible (plus que le voisin)

3) Et accessoirement pour se faire plaisir à entreprendre : car oui, il faut l’admettre, en dehors de toute considération de pouvoir ou d’argent, monter ou diriger sa boîte, c’est plutôt grisant et vachement plus intéressant que de répondre au téléphone toute la journée...

Pourtant, malgré cette évidente avidité, on couvre régulièrement d’éloges le grand patron international, et ce dans la majorité des médias, comme s’ils étaient les héros du monde moderne. Du Nouvel Obs à Paris-Match en passant par le Point, L’Express, sans parler de Challenge et Les Echos, on leur offre quatre pleines pages de photos à leur gloire, dans leur ranch, sur leur yacht, racontant avec fierté les raisons de leur réussite, leur style de vie simple et leurs donations aux oeuvres de charité...

Ne sommes-nous pas pourtant censé être une société d’origine judéo-chrétienne ?

Je suis prêt à parier que la majorité des lecteurs de Paris-Match se déclareraient chrétien... Il y en a même qui vont encore à la messe le dimanche. Alors j’aimerais comprendre comment ces gens là, ouvertement chrétiens, peuvent glorifier ces grands patrons dont le moteur principal est clairement l’avidité et le pouvoir, deux valeurs qui sont pourtant au centre des interdits bibliques ?? Quelle habile manipulation de l’esprit a put nous faire en arriver là...

CONCLUSION

Fort de ma fumeuse théorie, j’applique donc désormais une PRESOMPTION DE CULPABILITE à l’ensemble de la classe financière dirigeante.

Sauf preuve du contraire : TOUS sont, selon moi, des escrocs à la petite semaine; TOUS ont au moins une fois écrasé un pote pour monter une marche; TOUS essayent en permanence de maximiser leur profits, de façon légale ou pas, aux dépends (forcément) d’autres acteurs du marché ou surtout, de petits employés; TOUS tentent de faire échapper une partie de leurs revenus à l’impot en détournant la loi; TOUS ont proférés des mensonges consciemment et en publique; TOUS ont trahit leur parole au moins une fois sans jamais s’excuser; TOUS ont fermés les yeux sur les conséquences indirectes de leurs actes. Et je ne parle même pas de tous ceux qui ont directement commis de véritables crimes répréhensibles légalement et qui ne se sont jamais fait prendre...

Et tout ceci n’est pas un jugement personnel fondé sur une rancoeur sociale : c’est une évidence statistique et structurelle.

Alors vous comprendrez mon désarroi à vivre dans un monde où ces types là, des crapules en sommes, sont invités quotidiennement au journal de vingt heures, et traités avec tous les égares...

Mais je pense comprendre la raison pour laquelle on peut être fasciné par ces personnages : c’est que nous aussi, quelque part au fond de nous-même, on aimerait bien avoir les dents assez longues pour devenir aussi riches. Mais malheureusement, on a le tort d’avoir un semblant d’éthique et une satané culpabilité judéo-chrétienne. Quelle plaie!