La voiture c'est génial !
Par Balou le mercredi 3 décembre 2008, 13:06 - Lien permanent
Bien que l’obtention de mon permis remonte à 1997, j’ai depuis lors réussi à éviter, avec la rigueur d’un Amish, la conduite de véhicule motorisé individuel.
C’est dont presque vierge, qu’à l’occasion d’un retour temporaire au pays, j’ai noué mes premiers liens durables avec une voiture personnelle, assurée en mon nom, et qui répondait au nom un tantinet simplet de “Punto”.
Car en Guadeloupe, vivre sans voiture est un défi écolo que je ne suis pas encore prêt à relever. Il existe bien quelques Antillais encore sensibles aux charmes des modes de transports primitifs, comme la “grena” (petites mobs locales utilisées par les vieux cools), le scoot (grosses mobs locales utilisées par les jeunes cons), ou même, pour les courageux, le vélo de route (avec toute la panoplie qui va avec)... Mais soyons honnêtes, ce choix tient rarement d’une éthique écologique, à peu près inexistante aux Antilles, mais plutôt d’une contrainte financière, pour le coup assez répandue. Par ailleurs, il y a bien un “réseau” (le mot est mal choisi...) de transports en commun sur l’île, mais la complexité des lignes nécessite au minimum une licence en cartographie pour espérer arriver à destination...

Quoi qu’il en soit, l’Antillais, bien que longtemps très laxiste quant aux murs, apprécie, d’une façon générale d’avoir un toit au dessus de sa tête.
Et la voiture, ô bonheur, a un toit. Un toit qui se meut. C’est merveilleux. Tellement merveilleux qu’on se demande où l’on peut trouver la place, sur une si petite île, pour garer toutes ces Mercedes 500SL, 4x4 Rav, Twingo, Clio, Berlingo, et autres Ligiers sans permis (rapport aux très grand nombre de retraits de permis du département) qui sont importées chaque année dans l’archipel. D’autant qu’il y a finalement un taux anormalement élevé de voitures neuves (et de grosses cylindrés) pour un département où le chômage frôle les 30%... Où passent donc les véhicules en fin de vie ? Y aurait-il un cimetière secret (une falaise ? un bassin ?) pour voiture de plus de 5 ans d’âge ? Ou peut-être une filière parallèle destinée au pays voisins, la Dominique, la Barbade, Sainte Lucie, relativement pauvres par rapport à ce département français ? Mais non, que dis-je, ils roulent à gauches ceux-là...
Désolé pour l’interminable digression, revenons-en au sujet initial.
Donc, pour la deuxième fois en deux ans, me voilà au volant de ma-petite-voiture-pour-moi-tout-seul (les ex-lecteurs de Oui-Oui reconnaîtront cette référence à Enid Blyton qui aura inculqué la notion de propriété privée à toute une génération d’enfant pourtant naturellement enclins au partage) : une petite Fiat Punto couleur cramoisie, sans doute de quatrième voire cinquième main, mais qui frôle allègrement les 110Km/h (sans jamais les dépasser néanmoins) en 78 secondes chrono.
Et pour être totalement franc, ça fait mal mais je dois l’avouer : la voiture, c’est génial !
Je comprend maintenant pourquoi tout le monde veut la sienne. C’est tout simplement un outil de super-héro, un peu comme un exo-squelette (cf Alien II... ou III) dans lequel on est à l’abri de tout, invincible, et qui nous permet de démultiplier, avec un effort minime, notre force motrice par un facteur qui doit bien atteindre les deux mille.
Tout commence avec la clé, objet symbolique s’il en est de notre désir/besoin profond de possession exclusive. Ce petit objet de métal à la con, nous procure pourtant un sentiment de toute puissance inexplicable. La clé de voiture c’est la clé de la liberté. Bien que minuscule et inutile en soit, la clé possède pourtant un grand pouvoir : elle est la seul à donner l’accès à une entité beaucoup plus grosse qu’elle. Pour peu que le logo gravé dessus soit d’origine allemande, et qu’en plus on puisse ouvrir ou fermer les portes à distance, et là c’est le summum du sentiment de super-hero.
D’ailleurs, la clé elle-même suffit à exprimer son statut d’homme libre. Pour s’en convaincre il suffit de noter comment la plupart des mâles ne se déplacent jamais sans avoir en main, bien visibles, les trois objets suivant : le porte-feuille, les clés de voitures et depuis peu, le téléphone portable. Une façon d’affirmer leur statut d’homme libre et indépendant face aux autres mâles... et aux femelles évidemment. Cette démonstration ne fonctionne certes pas pour les femmes qui ont pour étrange coutume de trimbaler un sac à main partout où elle vont (même aux chiottes), rendant donc plus sporadique l’exposition desdits objets...
Ce n’est qu’une fois insérée dans le contact de la voiture que la clé démontre enfin sa toute-puissance, et par extension celle de celui qui l’a entre les doigts. Il faut le vivre pour la première fois pour percevoir l’effet primaire que cela peut procurer à une homme somme toute moyen comme moi (après on s’y habitue, mais l’effet inconscient est toujours là...). Confortablement assis au volant du véhicule, on comprend alors vite les avantages immédiats indéniables de l’outil, en dehors de sa fonction première de transport :
D’abord, l’aspect hermétique : une fois dedans, hop, fermeture centralisée des portes (certes, pas sur ma vieille Punto...) et on se sent à l’abri de la fureur du monde extérieur: la pluie, le vent, le soleil, la foule, le bruit, le mari violent, l’épouse hystérique, le laveur de vitre un peu insistant comme le type défoncé au crack (spécialité locale)... On peut prendre son temps pour ranger ses papiers, mettre de l’ordre dans ses idées, mettre un peu de musique, respirer bien fort... C’est un havre de paix en métal brossé et cuir de vachette. (encore une fois, pas sur ma Punto non plus...)
Et puis surtout, une voiture ça roule. Si jamais on entrevoit l’éventualité d’une intrusion (par bris de glace par exemple, principal point faible de l’engin), on démarre et on s’arrache. Ciao bye-bye, je peux même te montrer mon majeur en tournant à l’angle, je ne risque plus rien, tout à l’abri que je suis dans mon armure de métal qui fonce à 150 sur l’autoroute...
Enfin, dans certains cas (plus rares certes), on peut se servir de sa voiture comme arme létale pour se débarrasser, selon la rancoeur du jour, du buisson du voisin, du chien de la vieille d’en face, du scooter du petit lascard qui se tape des wheeling à l’angle, ou d’un foutu piéton qui traverse hors des clous...
Ces attributs font donc de la voiture l’objet symbolique idéal pour conforter ces trois réflexes automatiques bien connus, que notre esprit reptilien met en action lorsque nous sommes confrontés à la peur, à savoir : la tétanie, la fuite et l’attaque.
Donc, au delà de son utilité évidente comme moyen de transport, rapide qui plus est, la voiture répond parfaitement à notre angoisse primitive, notre névrose la plus profonde, présente en chacun de nous à des degrés divers : la peur de l’autre. C’est cela qui la rend si addictive. Très peu d’objet sont aussi complet dans la réponse qu’ils offrent à nos angoisses.
Evidemment, on manquerait un facteur essentiel si on ne mentionnait pas... la flemme. Car une fois qu’on a goutté à la facilité de transport de la voiture, il est difficile de s’en passer, même pour aller chercher le pain à 2 petits kilomètres...
Il est d’ailleurs très révélateur que ces réflexions me viennent lorsque je pars sous les tropiques et non pas à Paris, où la voiture occupe bien 1/5ème de l’espace au sol de la ville. Car la voiture en Guadeloupe, comme dans toute région riche en nature vierge, parait carrément hors-contexte. Ses nuisances se remarquent donc d’autant plus.
Pourtant oui, je l’avoue, moi qui ait de tout temps vanté les mérites de la motricité naturelle, celle qui est mue par une énergie corporelle, comme la marche, le vélo, et dans une certaine mesure la traction animale... et bien j’ai adoré conduire une caisse! Une voiture c’est confortable, pratique, rapide, utile, agréable à manoeuvrer et grisant, même une Punto qui ne dépasse pas les 110Km/h au compteur...
Mais tout ces avantages purement égoïstes ne suffiront cependant pas à me faire passer l’éponge sur l’impact inadmissible qu’à eu sur notre environnement la généralisation et l’individualisation de la voiture ces cent dernières années.
Si on additionne :
- le bruit insupportable, omniprésent quasiment où qu’on aille désormais dans les pays développés.
- l’odeur, qu’on trouve tout de suite écoeurante pour peu qu’on revienne d’une semaine à la montagne.
- l’espace occupé ahurissant, en ville, par des carcasses de métal dix fois plus grandes que leurs occupants, alignées absolument partout le long des trottoirs; hors-ville, par ces routes et autoroutes qui sont comme des tranchées infranchissables qui cloisonnent le territoire et excluent de fait le piéton, qui lui n’emmerde pourtant personne.
- la dangerosité, de ces bolides laissées dans les mains du premier clampin venu (moi y compris...). C’est d’ailleurs effrayant a quel point il est facile de faire un carton avec une voiture à 90Km/h : une petite embardée sur la gauche, une rotation du volant d’à peine 10°, et bang !
- et puis la pollution, sujet suffisamment rabâché pour ne pas s’y attarder.
La voiture est sans aucun doute l’objet moderne qui provoque le plus de nuisance et de stress (qu’on soit dedans ou dehors) parmi toutes les inventions issues des révolutions technologiques des deux derniers siècles.
Et pourtant en une petite centaine d’année, on s’y est habitué, lentement, subrepticement, en niant ces effets néfastes sous prétexte de confort accru et d’utilité économique. Au point que sa remise en cause est hors de question. On ne va pas à l’encontre du progrès voyons !
Personnellement, je trouve que le temps gagné et la praticité de ces engins (sans parler du sentiment de toute-puissance...) ne justifie absolument pas les emmerdes qui vont avec et qui font chier tout le monde, sans distinction, automobilistes compris.
Et je suis prêt à parier que dans quelques décennies le principe de “la voiture pour tous” nous paraîtra aussi barbare, qu’on trouve aujourd’hui inadmissible de fumer dans un resto ou dans un avion...
PS: mais l’histoire ne dit pas si j’ai décidé d’abandonner la voiture en Guadeloupe...
Commentaires
Je rêve d'un monde sans voiture ! Des tramway, des carrioles, des vélos, des chevaux, de charrettes à vapeur...de la place pour marcher dans la rue, récupérer les grandes avenues. ça ferait du bien. Le temps serait différent, ça valeur changerait. Finalement, si on arrête les voiture, ça change le monde.
Venez ! On change le monde!!
quel ...:)
Pas sûr pout les carrioles à chevaux. Dans les années 1900, on s'inquiétait des proportions inquiétantes de crottin dans les rues. Heureusement que les véhicules mécaniques sont passés par là...
Quant à la charrette à vapeur, ben, elle fonctionne au charbon...
À la limite des Segway (www.segway.com)...