De l'absurdité des conventions sociales européennes appliquées aux colonies
Par Balou le jeudi 6 novembre 2008, 01:26 - Lien permanent
Le saviez-vous ? On s’habille quasiment de la même façon à la Défense... qu’en Guadeloupe ! En tout cas dans les milieux professionnels.
Voilà qui nous donne l’occasion de pratiquer un petit exercice d’imagination que je nommerais, à défaut de terme plus approprié, “exercice de relativisation par l’absurde”.
Le principe est simple : imaginez que la civilisation dominante sur Terre se soit développée sous les tropiques, et qu’elle ait, comme c’est le cas des occidentaux aujourd’hui, imposée ses valeurs culturelles aux reste du monde. Il est fort à parier que les habitudes vestimentaires des ces indiens hautement civilisés y aient été totalement différentes des notres. Dans une région où la température moyenne oscille entre 22 et 30 degré toute l’année, on peut penser sans trop divaguer que l’être humain aurait développé un apparât vestimentaire adapté à la météo, c’est à dire pour faire simple : tee-shirt, short et tong pour tout le monde ! Ou plutot, histoire d’être moins ethnocentré, toge et sandales de cuir. Sans doute que cette civilisation aurait inventé des tenues plus “chics” ou des tenues de travail spécialisées, mais toutes conserverait la fonction commune d’être pratique et aérée. En gros : tout sauf un costume cravate avec chaussettes assorties et des Burton en cuir.

Alors peut-on m’expliquer pourquoi les européens, pourtant si certains de leur supériorité intellectuelle, n’ont pas adopté cette attitude évidente lorsqu’ils ont colonisé le reste du monde ? Pour résumer : quel espèce d’imbécile a cru bon d’imposer le costard-cravate à l’ensemble de la planète, quelle que soit sa latitude ?
Soyons réalistes : dans l’absolu, c’est à dire en dehors de toute convention sociale, porter un pantalon de flannelle, une chemise à manches longue, plus une veste par dessus, sans parler des chaussettes et des chaussures en cuir manufacturées, est un inéptie digne d’un film de Buster Keaton...
Et non content d’être totalement à côté de la plaque, l’européen obstiné (et ceux qui l’imitent, en tant que civilisation de référence) persiste dans sa bêtise en inventant un appareil compliqué, cher et polluant, qui lui permet carrément de simuler à longueur de journée, les conditions météorologiques de sa chère terre natale : j’ai nommé, le climatiseur. Il peut ainsi à loisir perpétuer sa pratique absurde, niant ainsi la réalité locale, et au dépend même de la nature... (dont il n’a d’ailleurs plus conscience puisque l’usage de son frigo personnel implique un stricte cloisonnement entre quatre murs )
A vrai dire, je n’ai jamais compris la logique profonde du costume trois pièces. Quel que soit la température ambiante d’ailleurs. Porter toute la journée une cravate qui serre la glotte, des chaussure raides comme un manche à balai, une chemise indifféremment rose ou bleu (??), et un ensemble pantalon/veste assorti, avec un choix de coloris d’une gaieté sans égale : noir, bleu ou gris. Bref, on s’étrangle, on put des pieds, et on transpire du cul, et ce n’est même pas vraiment beau... N’importe quel dignitaire africain, océanien, ou sud américain habillé en costume traditionnel a plus de classe qu’un haut dirigeant occidental ou que n’importe quel cadre moyen. Le costume-cravate est une hérésie de tous les points de vue : esthétique, confort et respect de l’environnement. Mais il faut dire que cet accoutrement a été inventé et imposé par une classe sociale dont les valeurs sont bien éloignées de tout ça, et qui s’attachent plus à ce que personne ne sorte des rangs, plutôt qu’à favoriser les individualités trop encombrantes.
Mon cousin David qui travaille dans une grande multinationale, et qui de fait s’habille 5 jours sur 7 en costume, me soutient qu’il s’agit pour lui avant tout 1) de respecter un us, comme on respecterait une coutume locale dans un pays étranger, 2) mais aussi de se faire accepter et/ou respecter dans un milieu donné.
Pour ce qui est du premier point, je ne comprend pas en quoi je devrais plus respecter les habitudes d’un classe sociale (ou professionnelle) qu’elle ne devrait respecter mes habitudes. En quoi je ne respecte pas mon patron ou mes collègues en n’étant pas habillé comme eux ? Mes tenues vestimentaires sont-elles si insoutenables à la vue ? Je connais tant de cadres et patrons qui, sous une façade impeccable, sont incapable de montrer le moindre respect à leurs collaborateurs. Je dirais même que statistiquement, le respect de l’autre est inversement proportionnel à la qualité de l’étoffe... En gros, tant que mon activité professionnelle n’implique pas de contacts avec l’extérieur, ce qui est le cas d’une majorité d’employé qui travaillent dans ce qu’on appelle le “back-office”, je n’ai pas d’obligation à être en “représentation”, donc mon seul engagement envers ma société est de... bien faire mon travail. Me demander de m’habiller en costard serait de l’ordre de la ségrégation vestimentaire.
Quand au deuxième point, j’admet que c’est une logique tout à fait valable : si je veux me faire accepter ou respecter dans un groupe donné, je peux décider de mettre toutes les chances de mon côté. Et si m’étrangler avec une cravate de soie en fait partie, je peux décider de m’y conformer. Mais dans ce cas, il s’agit de pure opportunisme, et autant se l’avouer ouvertement. Le problème c’est que la majeure partie du temps, ce qui à l’origine n’est qu’une façon de se faire accepter, deviendra dans la bouche de l’interessé, une question de “respect de l’autre”. (auquel cas, se reporter au point 1.). Car soyons honnête : s’habiller en costard n’est pour personne un acte naturel. Lorsqu’on est jeune et qu’on sort d’école, on le fait avant tout parce que c’est la norme et qu’on veut se faire accepter. Mais comme ce n’est pas très glorieux comme justification, on finit par l’intégrer comme étant un fait établi indiscutable. Du coup, même lorsqu’on devient cadre dirigeant et qu’on n’a plus rien à prouver à personne, on continue de s’habiller de cette façon, à la fois par habitude, tellement ancrée qu’elle n’est plus questionnable, mais aussi par peur profonde, primitive, d’être rejeté, même si peu l’avoueront.
Mais il y a aussi une raison plus insidieuse : pour les dirigeants, imposer le costume, serré au cou et au manches, et une façon de serrer la vis sans même avoir à dire un mot, de façon permanente, pendant toute la durée des heures de travail, C’est une sorte de coercition latente, un appel continu au sérieux. Car ne l’oubliez pas, chers collaborateurs, le business, c’est sérieux. C’est mon argent que vous manipulez quotidiennement. ça ne se fait pas à la légère. C’est pourquoi, même arrivé aux plus hautes sphères de la hiérarchie, le cadre dirigeant et même le PDG, continueront à obéir strictement à ce code vestimentaire afin de donner l’exemple à toute la hiérarchie. Alors que les même se permettront de transgresser les codes de language en tutoyant ouvertement certains employés, pour mieux asseoir leur supériorité hiérarchique...
En définitive : respecter ce code vestimentaire purement occidental, en dehors de toute logique de représentation vis-à-vis d’un tiers, c’est donner son aval à la perpétuation d’un système de constriction latente du travailleur dans notre société fortement tertiarisée. Et si la majeur partie des employés l’acceptent sans broncher, c’est dans le secret espoir qu’eux aussi, un jour, seront membres de cette classe dirigeante ubuesque...
Epilogue
On se souvient encore du G8 de l’été dernier, où, sous prétexte de sauvegarde de l’environnement, les participants avaient été officiellement “autorisés” à faire tomber la veste, ce qui permettrait de réduire substantiellement la facture de climatisation des bâtiments hôte. Geste symbolique dérisoire face à ces milliers d’entreprises de par le monde, où des cadres à haut potentiel se promènent à longueur d’année avec le même apparat. Qu’il fasse -20° ou + 30°, au mépris total des saisons, totalement déconnectés de la nature... Qu’on ne s’étonne pas alors qu’ils n’aient pas vue venir le réchauffement climatique...
Commentaires
il n'y a pas internet à la guadeloupe pour que tu ne postes rien pendant tout ce temps.
le costume cravate es une façon de se reconnaitre entre soi. et les femmes n'en mettent pas. heureusement qu'on a pas été assez bêtes pour singer cela. Le pire à mon avis ce sont les chaussettes quand il fait 30 degrés. Je plains les hommes!
hello olympe,
Certes, les femmes n'ont pas la contrainte sociale du costard, mais elle en ont d'autres qui sont plus incidieuses car sous couvert d'esthétisme : le maquillage, les cheveux longs, les poils sous les bras et aux jambes, les talons hauts...
Autant d'obligations esthétiques très relatives (puisqu'elles sont spécifique à une époque) qui auraient pu être de simples manifestations d'une liberté nouvelle des femmes... mais sont en fait une contrainte quotidienne tacite pour un grand nombre d'entre elles.
Les drame c'est que les femmes l'ont aujourd'hui tellement bien intégré, que 1) elle pensent qu'elles le font par envie personnelle 2) elles jugent sévèrement celles qui refusent ce code : essaye donc de te balader au bureau avec des poils sous les bras : les premières à critiquer seront les collègues féminines...
Un bref retour dans l'histoire montrerait sans doute que tous ces petits codes esthétiques que les femmes ont intégrés comme leur propres codes, sont en fait le fruit de la volonté insidieuse de la classe dominante, les hommes, en tant qu'instrument de coercition pour mieux cantonner les femmes à leur rôle d'objet de désir et ainsi conserver leur pouvoir (j'enfonce des portes ouvertes là... ;o)
PS : quant à la fréquence de mise à jour, je me refuse volontairement à rentrer dans "le temps du web" qui impose une mise à jour ultra-régulière. D'autant que je suis lent de nature, et je prend du temps à pondre un quelconque article... De plus, mon projet en Guadeloupe était trop prenant pour que j'ai la tête à écrire...
j'ai essayé!
que de tres belles topics sur ce blog !! merci :) mes amis