Et si on gagnait au loto ?
Par Balou le mardi 3 juin 2008, 20:05 - Lien permanent
L’autre jour on se posait la question de savoir s’il fallait ou non participer à la machine à rêve hebdomadaire de la Française des Jeux : le grande cagnotte du Loto.
Depuis que je suis gamin, l’espérence de gagner un jour de quoi être éternellement à l’abri du besoin ressurgit à échéance d’une semaine ou d’un mois, selon qu’on y pense ou pas en passant devant le tabac. Comme Mac Do, le Loto est souvent lié à des moments de bonheur simple avec ma mère, le samedi après les cours, en passant au tabac acheter le paquet de Marlboro et pourquoi pas, un ticket de loto. On passe sur la mise en scène du choix des numéros, chacun ayant sa façon bien à lui de sélectionner la combinaison gagnante et de cocher, en appuyant bien sur le stylo, Bic de préférence. On remet la grille au buraliste, qui nous l’échange contre un petit ticket gris, et jusqu’au soir on s’imagine tout ce qu’on ferait avec tous ces millions. Et puis hop, 20h, on perd et puis on passe à autre chose...
Mais tout de même, chaque semaine on a cette fenêtre possible pour peut-être enfin sortir de notre misère quotidienne et s’élever de plusieurs crans au dessus de la masse. Sauf que ça n’arrive jamais. C’est une des plus belle inventions pour maintenir la population, majoritairement modeste, dans un état de docilité permanente dans l’espoir qu’un jour peut-être, elle aura sa chance. Au Loto s’ajoute aujourd’hui tous les jeux d’argents divers mais aussi les émissions du type Nouvelle Star, Popstar ou Star Ac qui fonctionnent selon le même principe. Même Internet (via les blogs, youtube et autres MySpace...) participe également de cette machine à espoir savamment entretenue par les médias et les groupes de divertissement, sans pour autant qu’ils se rendent vraiment compte de ce qu’ils font d’ailleurs, tant que ça ramène du fric...
Bref, mais là n’est pas vraiment la question, on connaît depuis longtemps le rôle de régulateur de tension sociale de la loterie nationale, comme ont pu l’être en leurs temps le charivari et la carnaval.
La question qui se pose aujourd’hui est d’ordre plus pratique : faut-il ou non participer à cette entreprise d’exploitation des émotions humaines et de mise en avant permanente de la valeur “argent” ?
A ça je répond (temporairement) par le raisonnement suivant : je met de côté volontairement la nécessité d’intégrité avec ces propres valeurs pour me concentrer sur le but final. Car effectivement, je n’approuve pas le principe même de la Loterie (lorsqu’il s’agit de sommes faramineuses) et encore moins les valeurs que la Française des Jeux véhicule via son positionnement publicitaire drôle certes, mais odieusement cynique. En revanche j’aimerais bien gagner 90 millions d’euros... sans avoir à jouer en bourse pendant 20 ans ou à vendre mon âme à TotalFina pendant le restant de ma vie jusqu’à devenir cadre dirigeant avec un joli parachute doré et un beau bas de laine de pot-de-vin de la moitié des dictateurs africains.
Alors oui, pour gagner 90 millions d’euros, je veux bien passer outre mon intégrité, car finalement il me semble, peut-être à tort, que participer au système “Française des Jeux” est moins grave que de participer aux systèmes des “marchés financiers” ou des multinationales. Parmi les activités causant le plus de dégâts sur cette planète, la FdJ ferait d’ailleurs sans doute partie des dernières sur la liste...
Mais attention. Si je peux me permettre de faire ce compromis avec mon intégrité, ce n’est pas pour devenir ultra-riche et parcourir le monde en Falcon et en Yacht pendant le reste de ma (triste) vie... (ça fait un moment que je ne suis plus en extase devant une Lotus Spririt ou une Jaeguer-Lecoutre), mais parce que j’ai une idée assez précise (quoique passablement utopique) de ce que je voudrais faire avec 90 millions d’euros, et cette idée est bien loin du traditionnel 1) “me mettre à l’abri du besoin” 2) “faire tout ce que j’ai envie” 3) “faire plaisir à mes proches”.
LISTE NON EXHAUSTIVE DE CE QUE JE FERAIS SI JE GAGNAIS AU LOTO :
1) Acheter un terrain (ou un île) pour créer une communauté alternative qui fonctionnerait selon des principes organisationnels et techniques imaginés par une sélection de penseurs et scientifiques de mon choix.
2) Acheter le maximum possible de terrain naturel inhabité mais possédant une faune et une flore riche, et en faire un lieu de retraite “a-technologique” ouvert à tous sur simple inscription.
3) Monter un groupement secret d’intervention chargé de séquestrer un à un les plus grands assassins de la planète et de les placer pendant plusieurs heures face à des images (films, documentaires, interview... plus ou moins violents) des conséquences de leurs actions, et ce jusqu’à catharsis.
4) Mettre sur pied une grande réunion internationale des penseurs et scientifiques alternatifs pour définir ensemble une nouvelle voie de “développement” pour demain.
En parrallèle, tout de même, j’investirais (sans doute dans l’immobilier) de façon à recevoir un rente mensuelle de 1500 euros net pour ma mère et pour moi... Pour cela, 1 ou 2 millions d’euros suffiraient.
Bien sûr, la faisabilité réelle de ces projets reste à définir plus précisemment, mais l’idée y est. Personnellement, être riche à ne pas savoir qu’en faire ne m’intéresse pas. Je suis même certain que ça m’ôterait toute créativité et toute joie de vivre, connaissant ma propention à ne rien foutre. En revanche, si j’avais soudain des moyens colossaux, j’aurais la responsabilité d’en faire quelque chose d’utile, quitte à m’aliéner, car je n’ai pas l’âme ni la carrure d’un rassembleur. Mais comme le dit le père de Spiderman : “With great power comes great responsabilities.”
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