A propos de ce blog
Avertissement : ce blog n’a pas vocation principale à être rendu public. La principale raison de son existence est l’extrême indolence dont je suis victime depuis... aussi loin que je me souvienne. Pour contre-carrer ce que je suis bien obligé de qualifier de “pathologie”, passablement handicapante en ce qui me concerne, je me vois contraint de mettre en oeuvre des stratagèmes de diversion à l’adresse de mon ego. Dans le cas de ce blog, il s’agissait avant tout de trouver un moyen de m'obliger à mettre régulièrement en forme et par écrit mes quelques idées et observations de bon sens sur le monde, afin de mieux structurer ma réflexion à froid et faciliter la clarté de mon expression, notamment dans les cas où, lors d’une conversation badine, il faut convaincre un quidam que, non, la loi du marché n’est pas l’unique système possible ou que oui, même dans un système capitaliste c’est globalement plus “productif” d’être altruiste qu’égoïste...
Ainsi, pour contourner le bonsaï qui a pris racine dans ma main depuis l’aube des temps, il m’a fallu faire appel à des techniques de manipulation de mon ego dont je ne suis pas fier mais qui ont le mérite de fonctionner... enfin jusqu’à ce que je trouve mieux.
1) Lui donner des objectifs : c’est un classique mais ça marche plutôt bien. Si on l’entraîne dans le cadre structuré d’un média grand public, l’ego se sentira bien plus engagé à sa tâche que sur une simple feuille blanche qui peut servir indifferrement : à dessiner ce qu’on voit par la fenêtre, à faire des gazelles en papier, à trier les graînes d’une tête d’herbe, et accessoirement à écrire...
2) Le gâter : un petit site tout mignon avec plein de couleurs, un beau dessin dessus, une jolie typo, une mise en page au poil, tout ça rien que pour toi ! L’ego se sent chouchouté, caliné, mais surtout redevable : du coup va falloir te mettre à écrire mon gars ! C’est un peu infantilisant, certes, mais on peut pas dire que je sois très adulte non plus. Et puis j’aime bien évoluer dans un environnement agréable à l’oeil...
3) Lui faire miroiter une reconnaissance : car au fond, c’est bien sa seule préoccupation à l’ego, son graal à lui: la reconnaissance de l’autre. Je commence à le connaître, l’énergumène. S’il se sait potentiellement lu, il s’appliquera d’autant plus à essayer d’écrire correctement, de façon structurée, et qui sait, avec un minimum de style. Et bien que je m’érige contre ce carburant souvent malsain et parfois dangereux, il n’empêche que ça fait toujours plaisir quand on se voit suivi par le regard de l’autre, apprécié et même parfois félicité. On en devient tout rouge, on bredouille deux mots pour que personne ne s’apercoive du pic de fierté et puis on se dit qu’un jour va falloir arrêter d’être si sensible à la flâterie parce qu’objectivement, ce que j’écris casse pas trois pattes à un canard.
Voilà donc pourquoi le blog. Même si tout ce que je viens d’énoncer est peut-être et encore une nième façon de me mentir à moi-même et que la seule raison qui me pousse réellement à me rendre public c’est mon désir inconscient d’être... une star. Dans ce cas j'aurais peut-être mieux fait de poster une vidéo sur Youtube où je m'immole par le feu en direct et sans trucages... A méditer.
Mais finalement peu importe les raisons réelles, conscientes ou inconsciente, pour lesquelles on agit. L’ego est un roublard : on ne sait jamais si c’est lui qui tient les rênes, ou nous-même, ou si même il y’a une différence entre lui est nous. Mais ce qu’on sait, c’est que l’ego est un casanier, il aime s’accrocher à une réalité fixe, persistente. Il a la tentation de la pérénité, de l’éternité. Pour le contrer il faut donc toujours être en mouvement, sur le qui-vive, le remettre en question, le confronter à ses incohérences. C’est une dynamique, ce n’est pas un état de fait. Et sans cette dynamique, on court le risque de devenir fou, d’aller vivre à la campagne parce qu’on aime la nature et le calme, mais d’acheter un 4x4 parce qu’on habite à la campagne, de prôner l’amour de l’autre mais de lui mettre la corde au cou s’il n’est pas à la hauteur de cet amour, de faire la gueule dans le métro parce que les gens dans le métro font la gueule, ou l’inverse...
Ce sont les petites folies du quotidiens, insignifiantes à l’échelle individuelle, mais qui à l’échelle de la civilisation, nous mène à exploiter un peuple entier au nom d’un idéal d’égalité ou à bombarder une nation pour y amener la paix. Certes, c’est un peu simpliste, il y évidemment un tas d’autres facteurs en jeu mais c’est justement toute cette mécanique que je vais essayer d’observer dans ces pages, ou comment nos petits gestes de tous les jours, notre petite folie, notre petite connerie, s’inscrit dans l’histoire globale de l’humanité. Pas besoin d’être historien pour observer l’humain. Comme dit Chomsky, un peu de bon sens suffit...
Le risque de l’écriture est évidemment de devenir prisonnier d’une vision monolithique du monde. Ce qui est écrit prend immédiatement une bonne dose d’inertie, comparé à la volatilité de l’oral, et l’ego a vite fait de s’accrocher à toute fondation qui lui donnerait une impression d’immuabilité. Je tenterais donc d’être vigilent et souple, ce qui sera sans doute facilité par le format même du blog et sa nature évolutive.
Publié le mardi 3 juin 2008 par Balou